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Jeûne Vitalité Expérience

Centre professionnel
de la remise en forme

Qui est responsable de ma santé ?
Et si nous étions devenus dépendants du soin ?

Et si notre problème de santé n'était pas seulement d'être malade ?

Et si nous étions aussi devenus dépendants du soin ?

La question peut sembler provocatrice.

Elle ne l'est peut-être pas tant que ça.

Car depuis plusieurs décennies, nous avons progressivement construit une société dans laquelle, dès qu'un problème apparaît, notre premier réflexe est souvent de chercher quelqu'un ou quelque chose qui va le régler à notre place.

Un médecin. Un naturopathe. Un médicament. Un spécialiste. Un examen. Une application. Un complément alimentaire. Un coach. Un thérapeute. Une méthode. Une solution. Parfois une mode. Et si possible, rapidement. Comme je l’ai écrit dans mon livre “quand le ventre se prend (pour) la tête”, on ne devrait plus nommer un malade “patient“ mais plutôt “impatient”.

Le réflexe du « faites quelque chose »

Nous avons mal ? Faites quelque chose.

Nous dormons mal ? Faites quelque chose.

Nous sommes fatigués ? Faites quelque chose.

Nous sommes stressés ? Faites quelque chose.

Nous vieillissons ? Faites quelque chose.

Nous avons pris du poids ? Faites quelque chose.

Notre moral baisse ? Faites quelque chose.

Et bien souvent, ce « quelque chose » doit venir de l'extérieur.

Comme si notre corps était devenu un objet dont nous aurions perdu la notice.

Pourtant, notre organisme possède une extraordinaire capacité d'adaptation et de désadaptation.

Il se répare. Il récupère. Il compense. Il apprend. Il se renforce. Il s'adapte en permanence. Il ralentit lorsque nous sommes fatigués. Il nous envoie des signaux lorsque quelque chose ne va pas. Il chuchote, il parle, il crie, il brûle, il hurle : encore faut-il savoir l’écouter.

Le problème du bouton « reset »

Nous vivons dans une culture du résultat immédiat. Nous voulons une connexion immédiate. Une livraison immédiate. Une réponse immédiate. Un soulagement immédiat. Pourquoi en serait-il autrement pour notre corps ? Nous avons parfois du mal à accepter qu'une douleur puisse prendre du temps à disparaître. Qu'une fatigue puisse nécessiter du repos. Qu'une blessure demande de la patience. Qu'une perte de poids puisse prendre des mois. Qu'un entraînement exige des semaines avant de produire des résultats. Qu'une souffrance psychologique ne se règle pas en trois rendez-vous.

Nous voudrions un bouton : RESET. Mais le vivant ne fonctionne pas comme un ordinateur.

J’entends encore ma grand-mère, qui s’est endormie sereinement à 104 ans, dire ceci : “ tout vient à qui sait attendre ” ou bien “ il faut savoir prendre son mal en patience ”.

Quand le soin devient un réflexe

Le soin est évidemment indispensable. Le problème commence lorsque nous ne faisons plus la différence entre avoir besoin d'être soigné et avoir besoin d'être accompagné.

Une maladie nécessite un traitement. Mais une baisse de forme nécessite-t-elle toujours un traitement ?

Une fatigue après une période intense est-elle nécessairement une maladie ?

Une émotion désagréable est-elle nécessairement un symptôme ?

Une difficulté à dormir pendant quelques nuits est-elle nécessairement un trouble ?

Une baisse de moral après un événement difficile est-elle nécessairement une pathologie ?

Je ne dis pas que ces situations ne peuvent pas devenir problématiques. Je dis simplement qu'il existe une différence entre : « quelque chose ne va pas » et « je suis malade ».

Cette différence mérite d'être examinée avant de chercher une solution.

La médicalisation de nos vies

C'est là que le mot médicalisation devient intéressant. Médicaliser, ce n'est pas simplement soigner. C'est aussi considérer progressivement certains aspects de la vie humaine à travers le prisme médical. Le vieillissement devient une succession de paramètres à corriger voire de visages à déformer, de seins ou de fesses à redessiner. La tristesse devient potentiellement un problème à traiter. La fatigue devient quelque chose qu'il faut faire disparaître. La difficulté à se concentrer devient une anomalie. Le sommeil doit être optimisé. La performance doit être mesurée. Le corps doit être surveillé. Et nous finissons parfois par nous comporter comme si être en bonne santé signifiait ne jamais ressentir le moindre inconfort.

Mais est-ce réellement possible ?

Le corps n'est pas une machine à optimiser

Je crois que nous faisons parfois une erreur fondamentale. Nous considérons notre corps comme une machine. Et une machine, lorsqu'elle dysfonctionne, se répare.

On change la pièce. On ajuste le réglage. On remplace ce qui est usé. On améliore les performances. On optimise.

Mais notre corps n'est pas une machine. Il est vivant. Et le vivant n'est pas conçu pour être constamment optimisé. Il est conçu pour s'adapter le jour et se désadapter la nuit, tout du moins pour les êtres diurnes que nous sommes. Il y a des jours où nous sommes en pleine forme. D'autres où nous le sommes moins. Il y a des périodes où nous sommes performants. D'autres où nous devons ralentir. Il y a des moments où nous avons besoin de repousser nos limites. Et d'autres où nous avons besoin de les respecter. Peut-être qu'une partie de la santé consiste justement à accepter cette variabilité.

Et si le symptôme avait quelque chose à nous dire ?

Prenons la fatigue. Nous pouvons chercher à la faire disparaître. Mais nous pouvons aussi nous demander : Pourquoi suis-je fatigué ? Est-ce le manque de sommeil ? Le stress ? Une surcharge de travail ? Une mauvaise récupération ? Une maladie ? Une alimentation inadaptée ? Une période émotionnellement difficile ? Un problème médical ? La fatigue n'est pas toujours l'ennemie. Elle peut être une information. La douleur aussi. Le stress aussi. L'anxiété aussi. Quand le “ mal a dit “, il faut entendre.

Bien entendu, cela ne signifie surtout pas qu'il faut ignorer un symptôme ou refuser les soins. Un symptôme peut être le signe d'une pathologie qui nécessite une prise en charge.

Mais entre : « je dois supprimer ce symptôme » et « je dois comprendre ce qu'il signifie », il existe une différence de posture considérable.

Le paradoxe du confort

Notre société a fait des progrès extraordinaires. Nous avons réduit une quantité considérable de souffrances. Nous avons amélioré l'hygiène, l'alimentation, les soins, la chirurgie, les traitements, la prévention de nombreuses maladies. Et c'est formidable.

Mais le confort a aussi un effet secondaire inattendu : nous devenons moins habitués à l'inconfort. Un peu de faim ? On mange. Un peu de fatigue ? On stimule. Un peu d'ennui ? On consulte son téléphone. Un peu de tristesse ? On cherche à se distraire. Un peu de douleur ? On prend quelque chose. Un peu d'effort ? On cherche une solution plus facile.

Encore une fois, rien de tout cela n'est nécessairement mauvais. Le problème apparaît lorsque nous ne supportons plus rien. Car l'être humain a besoin d'une certaine capacité à tolérer l'inconfort.

L'effort physique est inconfortable. L'apprentissage est inconfortable. Le changement est inconfortable. Le deuil est inconfortable. La frustration est inconfortable. La vieillesse est inconfortable. Et certaines épreuves de la vie ne peuvent pas être supprimées. Elles doivent être traversées. Ce que l’on appelle un chemin fait d’embûches que l’on appellera plus tard avec beaucoup de philosophie et un brin de sagesse : le cheminement.

Le soin ne devrait pas nous déposséder de nous-mêmes

C'est probablement ici que je placerais la frontière. Le soin est formidable lorsqu'il redonne de l'autonomie. Il devient problématique lorsqu'il contribue, même involontairement, à nous faire croire que nous ne pouvons plus rien faire sans lui.

Un bon soin devrait idéalement permettre au patient de comprendre ce qui lui arrive. De participer aux décisions. De retrouver des capacités. De redevenir acteur de sa vie, de sa santé et de sa forme, qu’elles soient physiques ou morales. Le “ou” est ici inclusif car l’une et l’autre fonctionnent ensemble, en synergie. Pas de devenir éternellement dépendant. Cela vaut pour la médecine. Mais aussi pour toutes les autres médecines, toutes les formes de coaching, de consulting, d’accompagnement. Il s’agit de reprendre les clefs du camion, de se réapproprier son corps, de mettre de l’ordre dans ses armoires, dans sa chambre, dans sa maison, dans sa vie. Et même pour toutes les nouvelles technologies qui prétendent nous aider à mieux dormir, mieux manger, mieux bouger, mieux respirer, mieux travailler et bientôt probablement mieux penser. Vive l’IA (je plaisante).

À force d'être accompagnés et soutenus pour tout, saurons-nous encore nous écouter nous-mêmes ?

Être acteur de sa santé

C'est ce que je défends depuis le début de cette réflexion. Être acteur de sa santé ne signifie pas : « Je n'ai besoin de personne. » Ce serait absurde. Cela signifie plutôt : «Je ne délègue pas entièrement ma santé aux autres. »

Je peux consulter un médecin. Je peux prendre un médicament. Je peux aller voir un psychologue. Je peux faire appel à un kinésithérapeute. Je peux me faire accompagner par un professionnel. Mais je reste celui qui dort. Celui qui mange. Celui qui bouge. Ou pas. Celui qui respire. Celui qui récupère. Celui qui choisit, lorsque c'est possible, ses comportements. Celui qui apprend à connaître son corps. Celui qui observe son mental. Celui qui décide aussi, avec les professionnels qui l'accompagnent, de ce qu'il veut pour sa santé. Celui aussi qui souhaite sortir de sa propre ignorance, celui qui est vigilant à ne pas user ou abuser du déni, celui qui veut bien sortir de ses zones de confort, celui enfin qui met consciemment entre parenthèses ses croyances, ses peurs et ses résistances aux changements.

Le professionnel peut avoir la compétence. Il ne peut pas avoir la responsabilité à ma place.

Peut-être avons-nous besoin de moins de « patients »

Le mot lui-même est intéressant. Patient. Celui qui attend. Celui qui reçoit. Celui qui est pris en charge. Et si nous avions besoin de davantage de personnes actrices de leur santé ? Pas pour remplacer les médecins. Pas pour remplacer les médicaments. Pas pour nier la maladie. Mais pour rééquilibrer la relation. Le médecin possède une compétence que je n'ai pas.

Je possède une connaissance ou tout du moins “un éprouvé” de mon propre corps et de ma propre vie que le médecin ne peut pas avoir entièrement. Le professionnel apporte son savoir. Le patient apporte son expérience. La décision devrait pouvoir se construire à partir des deux.

Et si nous arrêtions de vouloir être réparés ?

Peut-être que la vraie révolution ne consisterait pas à supprimer le soin. Elle consisterait à remettre le soin à sa juste place. Le soin lorsque nous en avons besoin. La prévention car nous devons agir en amont, si cela est possible évidemment. L'activité oxygénée lorsque notre corps en a besoin. Le repos lorsque notre corps le réclame. L'accompagnement lorsque nous ne pouvons plus avancer seuls. Et l'acceptation lorsque nous sommes confrontés à quelque chose que nous ne pouvons pas réparer. Parce qu'il y aura toujours des choses que nous ne pourrons pas réparer. La maladie. Le vieillissement. La perte. La mort. Le viol. L’humiliation. L’abandon. La violence aveugle.

Notre corps n'est pas immortel. Et notre santé n'est pas un état permanent. Alors peut-être que la question n'est pas : « Comment faire pour ne jamais être malade ? » Mais plutôt : « Comment rester le plus longtemps possible capable de vivre avec ce que la vie nous impose ? »

Et cette capacité-là porte un nom. Je l'appelle : la forme. Pas seulement la forme physique. La forme mentale. La forme émotionnelle. La forme morale. La capacité à encaisser. À récupérer. À s'adapter et à se désadapter. À demander de l'aide lorsque c'est nécessaire. À agir lorsque nous le pouvons. Et à accepter lorsque nous ne le pouvons pas. Et parfois, à pardonner.

Le soin peut nous aider à vivre. Mais il ne doit pas nous apprendre à vivre sans nous.

À suivre…